Insoumission

A voir vos commentaires, j'ai l'impression de m'être mal exprimé, ou en me relisant que vous ne considérez mes propos qu'avec dédain. Etant donné que nous sommes censés être ouverts d'esprit et que cette plate-forme permet des échanges enflammés, tant pis si j'en rajoute une couche.


Lorsque vous parlez de simplicité, ça ne m'offusque pas, mais je ne vois pas en quoi il est plus simple de prendre son indépendance vis-à-vis du système (en l'occurence capitaliste) quand celui-ci nous pousse à adopter un point de vue (nécessité de croissance) dont seuls 2% de la population mondiale profite. Nombre de gens sont contre les décisions étatiques, veulent réduire les inégalités (qui entre très riches et très pauvres ne cessent de croître), empêcher la faim dans le monde (etc, etc..) mais personne ne pige que nous sommes seuls maîtres de ce qui est décidé par les institutions. Et si on parle de ce que je fais comme une « expérience enrichissante », alors j'ai l'impression d'entendre une bande de touristes allant prendre une bouffée d'air dans un endroit où « c'est trop bien ce que vous faites » avant de retourner bien vite profiter des attraits de leur existence remplie de frustrations et de contradictions. Et je leur crache dessus.


Lorsque d'après vos propos je prône la décroissance, ça m'énerve. Parce que ce genre de position ne fait qu'aplatir la réflexion au fait de moins consommer, moins s'impliquer et rejeter tout le reste. Je ne prétends pas me passer de voiture du jour au lendemain. Ce dont je parle, c'est de responsabilités. Tout le monde a besoin de se sentir responsable pour se bouger le cul, que ce soit vis-à-vis d'un Dieu, d'un enfant, d'un patron; alors pourquoi pas vis-à-vis de ce qui nous fournit de quoi subsister chaque jour de nouveau? L'écologie, contrairement à ce que racontent les Verts ou le trou-du-cul alpha, ça n'est pas d'économiser le peu qu'il reste ou de protéger un semblant d'écosystème. C'est l'étude des relations et interactions entre toutes choses, vivantes ou non. Il s'agit de comprendre les liens qui nous unissent à notre environnement et d'agir en conséquence. Imaginons que nous vivions dans la même baraque. Chacun y fait ce qu'il veut, y range ce qu'il veut... Imaginons maintenant que l'un d'entre nous veuille y foutre le feu. Va-t-on le laisser faire? Non, car ça n'est pas bien. Dans cet exemple, c'est évident. Mais qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal? Nous agissons en fonction de ce qu'on considère comme norme acquise. Mettre le feu à un bien collectif n'est pas normal. Et il est logique de l'empêcher, sans quoi nous ne pourrions que nous sentir coupables également, car pleinement conscients de ce qui allait se produire.


Réfléchir aux normes qui nous construisent en tant qu'être pensant, voilà une chose qui ne me semblent pas anodine. Nous ne sommes pas obligés de nous sentir responsables des processus actuels, mais nous devrions tout au moins éviter de nous contenter de suivre le mouvement. Et ne croyez pas que je dénigre ce que vous faîtes chacun de votre côté. Je veux juste dire que gagner sa vie n'est pas une fin en soi, car on ne fait que survivre. Vivre est bien plus compliqué.

Effectivement avec nos bagages enviros nous sommes voués à faire du DD, « faire que notre société puisse s'epanouir un peu plus longtemps » (pas mal trouvée comme formulation), bref entretenir l'illusion qu'il est possible d'arranger les choses tout en continuant à faire de la merde! (Déjà que je pue pas mal en ce moment...)


Mis à part le jardinage, nous en sommes pour le moment en train terminer le stockage de foin pour l'hiver et le mixage de compost pour le printemps. Nous avons dû récolter les tomates et courges en avance car le gel est arrivé (depuis 2 jours). Nous remplissons aussi des sacs de pommes chez un voisin pour futurs vinaigre, cidre, jus, crumble. Et avant la neige nous essayons de ramener bcq de bois. Niveau revenus, nuls à priori, au fur à mesure les choses évoluent car cette année est la première où on a accueilli des touristes l'été. Via l'association panoram'âne, qui fait des balades d'une semaine en âne autour de la vallée, on accueillait pour un soir en moy 5 personnes (couple ac enfants) pour gîte (au tipi) et couvert (bio du jardin). En y réfléchissant, et sachant qu'on faisait un bon gros feu pour l'eau chaude de leur bain, c'était zéro dépenses, zéro impact, donc tout bénef comparé à un gîte classique. Enfin, nous commencons les fondations d'une nouvelle maison (démarré il y a un an juste pour amener les troncs de soutien), sur pilotis face à la pente. Nous en profitons pour mettre au boulot quelques jeunes en réinsertion. Depuis une semaine, nous accueillons 3 jours par semaine (durant 2 mois) des mômes qui échappent à la prison via une assoc qui entre autres les a mis en relation avec nous. Outre l'aspect financier, ça les dépayse à fond (Toumani et Karim n'avaient jamais vu de poireaux), ça les responsabilise un peu et ptet quelques conneries évitées par la suite...


N'y voyez surtout pas une tentative de prosélitisme outrancier. Ceci dit je suis partant pour la Branquiflette bien sûr, histoire de se foutre du fromage sur la tronche! Et je vous propose l'Ariège comme villégiature pour les fêtes de fin d'année 2010, si jamais vous en avez le courage...

8 commentaires:

bonobo... Oh Oh OH OOOOH!!!! 22 octobre 2010 à 00:02  

Mon cher francois, que tu me traites de trou du cul alpha et que tu me craches dessus pourquoi pas!!! mais je me permettrais toujours de te rendre la politesse en te pissant à la raie mon mignon... OUais gros, A mon tour je prends la mouche.

Mais bon, je ne vais pas continuer dans la surenchère, ca vaudra peut être qq débats passionés le jour de notre prochaine branquiflette...

Mais,J'espère que tu ne parles sur ce ton aux qq touristes remplis de contradiction et de frustations que vous accueillez. Ces gens là, qui viennent jouer aux écolos doivent d'ailleurs vous prendre pour des illuminés...
après cinq ou six mois passés dans les montagnes ariégeoises, tu as sans doute eu de longues lectures et tu nous en fait ici une belle synthèse bibliographique.
Et saches que je ne considère pas tes propos avec mépris,
puisque j'y adhère en partie et renie l'utopie d'un capitalisme vert, (même si j'y participe chaque jour)
mais ces ideaux de décroissance tout aussi utopiques qu'ils soient ne sont pas prêts de voir le jour, à moins d'adhèrer en masse à une certaine forme de communautarisme.
sortir de 60 ans de progrès (bien qu'il soit ravageur socialement et écologiquement) ou de l'illusion d'une vie meilleure ne peut se faire d'une fois d'une seule.
Le développement durable est peut être et je l'espère une transition vers une sociète sobre et juste qui prendra en considération la finitude des ressources, et ou la qualité de vie ne rimera pas avec consumérisme et accumulation.

Tchuussss!!

Marichout 22 octobre 2010 à 11:22  

----PETITE INTERVENTION PAS TRèS sérIEUSE, a PRENDRE à la LéGèRE s'IL VOUS plait ----
Ouaouuuuuuuu, qu'est ce que tu parles bien Yvan !
tu devrais faire des conférences à Bordeaux !

mOI jVeuX aSSIsTER à vos grands débats de gens-qui-parlent-très-bien!

...sinon, faites votre jardin, oui, c'est déjà une révolution.

Anonyme 23 octobre 2010 à 20:39  

Cher Yvan, désolé de te décevoir mais l'expression "trou du cul alpha" ne t'était pas destinée. Je l'ai employée pour décrire ma pensée d'un point de vue général. Et bien que tu m'aie inspiré certaines tirades, je sais bien que tes propos allaient dans mon sens et j'imagine que tu es simplement désabusé de l'idée de l'écologie que se font les acteurs du DD. Ce qui n'empêche que ça te convient et c'est ton choix. Mais bref ce n'est pas à toi que je craches dessus il y en a bien d'autres qui le méritent.
Et en passant si t'es sur Bordeaux le weekend prochain passe moi un coup de fil je suis à Le Verdon sur mer pour la semaine avec les Blongios et peut-être as-tu envie qu'on se bourre la gueule...

bonobo... Oh Oh OH OOOOH!!!! 24 octobre 2010 à 11:02  

Ah coool j'ai regardé leur site y'a pas longtemps, savoir si justement ils faisaient des chantiers en aquitaine mais j'avais pas vu... c'est ou ce bled??
C'est le Le week end porchain? j'ai prévu d'aller sur clermont ferrand...

bonobo... Oh Oh OH OOOOH!!!! 24 octobre 2010 à 11:07  

si ta de la chance et qu'il fait à peu prs chaud tu peu choper le Lézard ocellé au niveau des fourrés arrières dunaires
c'est une grosse bebete de quarante a cinquante cm.

Jonatharzan 25 octobre 2010 à 01:33  

Fanchon, encore une fois je ne te suis pas très bien... j'ai l'impression, comme lors de notre voyage, que tu as quelques peu mal interprété les discours précédents.

Pourquoi "simplicité", "décroissance" et "jardin" seraient nécessairement l'expression du "dédain". Personnellement je n'ai vu que du positif là-dedans.
Surtout en parlant de "décroissance". Ta définition d'ailleurs est très réductrice ("moins consommer, moins s'impliquer et rejeter tout le reste") mais c'est probablement du fait que tu l'as trop souvent entendu ou lu venant des mauvaises personnes. La décroissance est un concept loin d'être aussi simple que ça, qui pose plein de questions, tant du point de vue des responsabilités présentes et à venir que de celui de la "nouvelle modernité" (prise de conscience, respect de ce qui nous entoure, de nous-mêmes, recherche de solutions alternatives viables et non pas durables). La décroissance ce n'est pas le retour en arrière, c'est le bond en avant !!! Vers quelque chose de vraiment mieux !

Allez Gros, je te laisse à tes chèvres et espère que tu n'as pas "mal interprété" mes propos. Je te souhaite de continuer dans ta voie de simplicité et de décroissance au beau milieu de ton jardin (hé hé) !

Arianycurmy 26 octobre 2010 à 11:25  

Bon ben au moins le mérite des sorties de Fanch', c'est qu'elles ont fait réagir. Peut-être pas comme il l'attendait, mais bon. Quoi qu'il en soit je (Curmi) remercie le Professeur Kucheida pour les cours qu'ils nous a dispensés. héhé.
Bien content de voir que les flammes branquignolesques continuent d'aviver ce monde braiseux et cinérique. Pour autant, en dehors des questions de mode de vie et de modèle économique, je suis surpris de voir que le rapport aux autres est très absent du débat. Le rapport au monde est là, mais le rapport aux autres, aux putain d'autres!
En lisant certains propos, je vois des nombrils alpha et non des trous du cul. Et parfois, ça sent pas meilleur...
Mais à l'instar d'Yvanus, qui porte bien son nom, loin de moi le souhait de renchérir. Bisoux à tous sur le nombril!

Anonyme 26 octobre 2010 à 20:57  

Pour en finir un bon coup, faut que je vous dise que je ne suis pas en train de péter des câbles devant mon ordi, mais que j'essayais de transcrire au mieux mon opinion (qui, si elle apparaissait véhémente, se voulait juste), d'où un certain sérieux. Faut que je dise aussi que c'est cool d'avoir vos réactions, et que je ne prétends pas représenter le summum de la "décroissance" (jamais eu l'âme d'un prof). Qu'évidemment John ce concept est une voie qui mérite d'être approfondie est c'est pourquoi je voulais décrire une autre manière que la définition réductrice que je dénonçais. Merci Ariane pour rappeler l'importance du rapport aux autres, et c'est bien pour ça que l'écologie ne doit pas être réduite au DD (et l'état d'esprit là-haut s'y prête vachement, sachant que jamais on n'y parle d'écolos au sens politique, souvent fachos). Je répète que je ne visais pas les nôtres en disant trou-du-cul. J'espère enfin ne pas être égocentrique, mais ce qui est sûr et certain, c'est que je ne suis qu'un branleur (assumé!). Bon c'est où cette branquiflette hivernale (si l'Ariège ne vous botte pas)?

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